Seneweb.com Accueil |   Gerer ce blog   

AFFAIRE DE CORRUPTION DE BOLLORÉ

Posté par: Alassane kitane| Jeudi 26 avril, 2018 17:04  | Consulté 575 fois  |  0 Réactions  |   

      Comme si la terre se dérobait continuellement sous nos pieds !

 

Ils sont des légionnaires, ils sont des chefs d’entreprise, ils sont des intellectuels de renommée mondiale, ils sont des artistes, ils sont des hommes politiques avides de pouvoirs et d’argent : leur point commun, c’est d’être la cheville ouvrière de la France-Afrique dans le continent noir. Ils squattent tous les mouvements citoyens ainsi que les partis politiques avec le dessein inavoué de servir la France aux dépens de la mère patrie. Ils sont partout : dans la presse, dans la religion, dans les associations sportives, dans les couloirs occultes du pouvoir politique. Les multinationales françaises ont leurs courtiers ainsi que leurs clients dans les cercles du pouvoir et dans certains médias d’influence. Rien ne se fait sur le plan politique en Afrique sans que ces multinationales, de connivence avec certains éléments de la France-Afrique, n’interviennent de façon directe ou indirecte. Trafic d’influence, lobbying, guerre contre des régimes africains  souverainistes: ils ne reculent devant aucun forfait tant qu’il s’agit d’atteindre leur but. Spécialistes de combines sordides, les soldats de la France-Afrique sont devenus un véritable problème pour la démocratie dans le continent et pour la paix civile en Afrique.

 

C’est à se demander si la métropole ne nous a pas donné l’indépendance juste pour nous remettre sous la dépendance de ses firmes internationales. Ce qui est d‘ailleurs suspect, c’est que les avocats d’affaires qui opèrent dans les lugubres offices de la France-Afrique sont toujours les mêmes qui ont la confiance de nos chefs d’État. Dans un article du 26 décembre 2014 de Jeuneafrique.com, il est mis en exergue, l’omniprésence de Me Meyer dans les affaires africaines : « Aujourd’hui, le ténor français est proche du président sénégalais Macky Sall. Après être intervenu dans la négociation controversée entre Dakar et le groupe sidérurgique ArcelorMittal, il a rejoint le pool des avocats de l’État dans le procès de Karim Wade ». Ce même avocat a travaillé pour Bolloré dont on connaît l’animosité à l’endroit du défunt régime de Wade qui aurait, selon les dires des concernés, eu l’outrecuidance d’avoir préféré DP Word à Bolloré Africa Logistics.

 

 Jeuneafrique.com (28 Novembre 2013) n’avait pas manqué de souligner que l’attribution à Bolloré de l’exploitation du terminal roulier du Port autonome de Dakar en 2013 avait un parfum de revanche : « Pour le groupe de logistique français, leader en Afrique, cette annonce a comme un léger goût de revanche. En 2007, le groupe émirati DP World avait en effet décroché la concession du terminal à conteneurs de Dakar, doublant Bolloré pour qui l’opération était pourtant stratégique ». Cet avocat dont la posture dans l’affaire de la traque des biens mal acquis est la pendante de celle de Sidiki Kaba est lui-même une énigme : après avoir défendu la famille Bongo dans l’affaire de la traque des biens mal acquis en France, il a atterri dans le pool des avocats de l’État dans l’affaire Karim Wade. Ces liaisons incohérentes et ténébreuses devraient éveiller un minimum de soupçon parmi nos élites, mais comme d’habitude le fait accompli sert de principe en Afrique. Ce qui est d’ailleurs révoltant c’est que, d’après le journal Libération du Lundi 25 Septembre 2017, Bolloré n’a pas respecté ses engagements parmi lesquels, l’ouverture du capital de sa future société au privé national à hauteur de 20%. Pire, celui qui avait promis la création d’un millier d’emplois envisageait désormais de procéder à des licenciements du personnel hérité de Necotrans qu’il a racheté.

 

Au regard de toutes ces considérations, nous pensons que la société civile africaine a aujourd’hui l’occasion unique de faire la lumière sur l’influence qu’un groupe comme Bolloré aurait sur la politique intérieure de nos États. Elle rendrait un grand service à l’Afrique et à tous les panafricanistes si elle décidait aujourd’hui de se constituer partie civile dans cette enquête, parce que manifestement s’il y a corruption, il y a préjudice subi par l’Afrique. Et ce préjudice pourrait être incommensurable si l’on prend en compte le fait que des régimes impopulaires et corrompus parviennent à se maintenir au pouvoir, malgré leur rejet total par les citoyens. Il faut trouver un moyen d’amener les autorités judiciaires françaises à fouiller davantage en Afrique pour faire la lumière sur l’implication de Bolloré dans la campagne électorale de 2012 au Sénégal. Des allégations de candidats et de leaders d’opinion financés par ce groupe pour infléchir l’issue du vote n’ont jamais été formellement démenties. Exiger que lumière soit faite sur cette affaire, ce n’est pas remettre en cause la légitimité du pouvoir qui est issu de ce scrutin ni même absoudre Wade : c’est une question de justice et de fierté nationale ! Il est aujourd’hui avéré qu’une filiale du groupe de Bolloré a conseillé des Présidents ou candidats sortis vainqueurs dans des élections présidentielles africaines et c’est absolument insupportable pour tous ceux qui ont une once de dignité.

 

L’acharnement du régime de Macky Sall sur la seule personne de Karim Wade dans cette histoire de traque des biens mal acquis est plus qu’intrigant. Les Sénégalais doivent connaître l’étendue de l’influence de Bolloré dans la campagne électorale de  2012. Notre démocratie serait gravement menacée s’il était avéré que de telle pratiques pouvaient y avoir cours. Nous devons, par dignité et par simple souci de sécurité nationale, affranchir notre démocratie de tous les lobbies étrangers et principalement de la France-Afrique. Si un citoyen sénégalais est capable de troquer sa dignité et son patriotisme contre les moyens financiers d’une firme étrangère dans le seul but d’accéder au pouvoir ou d’y chasser un adversaire, il ne mérite pas notre confiance ; il ne mérite même pas la nationalité sénégalaise. Sarkozy est mis en examen en France pour une affaire d’immixtion de l’argent libyen dans la campagne de 2007 : les Français ne doivent être plus nationalistes que nous. Il faut que la société civile africaine engage ce combat, sinon elle pourrait être suspectée de complicité. Hier c’était Bob Dinard, aujourd’hui c’est Bolloré : devons-nous accepter d’être éternellement des jouets d’intérêts étrangers ? Si l’argent de Bolloré a financé une campagne d’un candidat à l’élection présidentielle ou s’il a maintenu un Président en exercice au pouvoir, c’est toujours un crime impardonnable. Et ce serait, pour la société civile africaine, faire preuve de lâcheté que de passer cette histoire par pertes et profits.

 

Alassane K. KITANE

Professeur au Lycée Serigne Ahmadou Ndack Seck de Thiès

SG du Mouvement citoyen LABEL-Sénégal

 

 L'auteur  alassane kitane
Une faute d'orthographe, une erreur á signaler ? Une précision á apporter ? Ecrivez moi avec votre info ou votre correction et en indiquant l'url du texte.
Commentaires: (0)

Ajouter un commentaire

 
 
alassane kitane
Blog crée le 19/03/2015 Visité 621628 fois 495 Articles 7239 Commentaires 41 Abonnés

Posts recents
CHRONIQUES DE NDOUMBELANE (SUITE)
Lettre ouverte aux magistrats : il est temps de vous ressaisir !
Satire de la semaine : LE ROI-SINGE DE NDOUMBELANE
Madior, un professeur de Droit nul en Droit
De ce que la victoire en sport est un état d\'esprit : Toujours battus, mais toujours satisfaits !
Commentaires recents
Les plus populaires
L’étonnante stérilité des choix politiques et économiques
La nouvelle mode au Sénégal : « Karim m’a appelé » fait le buzz partout
UN AUTOCRATE AU PALAIS
AFFAIRE KARIM WADE : QUAND L’EMOTION PRIME SUR LA RAISON ET L\'ETHIQUE
Non ! La théorie du \"Yërmëndé\" ne passera pas