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Couverture Maladie universelle et privatisation déguisée de la santé

Posté par: Alassane kitane| Mardi 26 avril, 2016 18:04  | Consulté 2041 fois  |  2 Réactions  |   

 Couverture maladie « universelle » et privatisation déguisée de la santé

 

La corruption est un mal aussi bien du point de vue moral que de celui économique, mais elle est davantage nocive quand elle gangrène le secteur de la santé. Or, au vu et au su de tout le monde, le système sanitaire sénégalais actuel est en train de se transformer en un véritable fertilisant du sol de la corruption en ceci qu’il est dangereusement hybride : le public y côtoie le privé ou pire, le privé se pratique dans le public. Ce qui se passe aujourd’hui dans les hôpitaux du pays est à la fois déontologiquement répugnant et médicalement catastrophique : des médecins officiant dans le public, rémunérés donc par l’État, s’arrogent le privilège d’officier en même temps dans le privé avec des histoires de cliniques privées dont les contours sont totalement nébuleux. Les principales victimes de cette absurdité sont l’État sénégalais et les populations dont les lésions causées par le secteur de la santé sont les plus profondes et les plus graves que tous les autres dommages causés par les autres secteurs de la vie sociale et politique de notre pays.

 

  L’État sénégalais se voit dépossédé chaque jour davantage de son droit légitime de tirer profit de l’expertise des fils du pays dont la formation a pourtant beaucoup coûté aux contribuables sénégalais. Je ne suis pas d’accord avec l’argument selon lequel cette liberté accordée aux médecins d’avoir leur clinique propre est la seule façon de lutter contre le « brain drain » dans le secteur de la santé. Si quelques sénégalais éduqués, instruits, formés et façonnés par les soins des maigres ressources de leur pays ne sont capables de faire preuve d’aucune résolution de patriotisme et décident souverainement de s’exiler pour aller troquer leur savoir faire ailleurs, je ne crois pas qu’il vaille la peine de chercher si laborieusement à les retenir par cette curieuse trouvaille qu’est l’autorisation des cabinets privés à des gens qui ont choisi d’officier dans le public. Il faut dire que l’un des grands obstacles à l’essor économique et à l’unité politique de l’Afrique est que nous avons tendance à confondre libéralisme, égoïsme et anarchisme ; aussi, le sacrifice pour le bien public est-il considéré comme un symptôme de déraison.

 

  Ainsi, l’égoïsme outrancier qui régit la conduite actuelle de beaucoup d’agent de santé publique condamne à l’échec tous les efforts de l’État pour redresser le secteur déjà moribond de la santé publique. Si j’étais parlementaire j’emploierai toutes les forces de mon âme à d’abord légiférer de manière plus pointilleuse sur le statut des agents de la santé en vue de mieux assainir le secteur et ensuite, je proposerai l’érection d’une commission d’enquête sur non seulement la prolifération des cliniques privées tenues par des médecins officiant dans le public, mais aussi sur l’état de délabrement moral très avancé que connaît ce secteur. Les populations sont déjà  épuisées par la lutte qu’elles mènent quotidiennement pour assurer les différents repas ; aussi devons-nous nous atteler à les préserver d’un système sanitaire qui laisse la porte ouverte à des méthodes de concupiscence très néfastes pour la prise en change sanitaire des citoyens. Certaines lenteurs dans les consultations et dans la prise en charge des patients dans les hôpitaux du pays ne sont pas gratuites : tout ceci entre dans une stratégie de décourager les clients du secteur public pour les orienter indirectement vers le secteur privé, principalement celui géré par les mêmes médecins.

 

   L’appétit du gain est, sans nul doute, la plus grande source de malheur pour une société. Sophocle faisait remarquer dans ce sens que : « jamais n’a grandi chez les hommes pire institution que l’argent. C’est l’argent, poursuit Sophocle, qui détruit les États ; c’est lui qui chasse les citoyens de leur maison ; c’est lui dont les leçons vont séduisant les cœurs honnêtes, leur font embrasser l’infamie. Il leur enseigne tous les crimes, il leur apprend l’impiété qui ose tout ». Si les média pouvaient aller dans les couloirs des hôpitaux et dans les cabinets de consultation pour montrer ce qui s’y passe réellement, les Sénégalais se rendraient compte que même s’il y a quelques individualités dévouées et honnêtes dans le secteur de la santé, il y en a une grande quantité d’agents de santé qui sont en réalité de vils escrocs. Mais lorsque dans une société humaine la vertu et la déontologie sont universellement bafouées et violées sans scrupule, personne ne doit s’étonner à ce qu’une telle société soit quotidiennement et perpétuellement rongée par la misère et le malaise généralisés.

 

   Le manque de vertu est la racine du mal sénégalais, d’où l’impérieuse nécessité d’un retour à l’orthodoxie et ce, dans tous les domaines de la vie sociale si nous voulons quitter cet état de fausse germination économique dans lequel nous sommes plongés depuis belle lurette. Ce retour à l’orthodoxie dans le système sanitaire doit, à notre avis, consister en une dichotomie nette, sans ambiguïté, entre le public et le privé. Le statut de l’hôpital Aristide le Dantec est une absurdité, le laisser-aller qui se constate dans les hôpitaux régionaux ne peut plus perdurer : il faut plus de rigueur dans l’administration des hôpitaux ainsi que dans le contrôle de la prestation des agents de santé. Il faut, peut-être, instituer des primes exceptionnelles de rendement et de performance strictement allouées aux agents dont l’abnégation et la conscience professionnelle peuvent servir de référence. Cette stratégie d’émulation de la qualité nous semble moins périlleuse et, sans doute, plus efficiente que le fait de tolérer des cabinets privés dans les hôpitaux publics.

 

   On ne peut, en aucune façon, garantir une absence de dérives dans un tel système. Les risques sont donc importants au regard du caractère sacré de la vie humaine qui est ici en jeu. Á ce titre il n’est pas insensé de penser à une unification des départements de la santé, de l’éducation et de la recherche scientifique en un seul grand ministère pour plus de rationalité budgétaire et davantage d’efficience dans la recherche des solutions aux problèmes de santé publique. La passerelle entre éducation, formation et marché de l’emploi n’a jamais été un problème incurable dans un pays qui sait faire dans la standardisation en matière d’option lucide de politique économique et de choix budgétaire. Il nous faut donc davantage de clarté dans la vision politique et plus de courage pour l’établir : les secteurs de la santé et de l’éducation réunis dans un seul département ; cela fait l’essentiel du budget national et une unité d’action qui pourraient régler beaucoup de problèmes qui sont à cheval entre les deux actuels ministères. C’est absurde qu’il y ait quelque part, au Sénégal, de jeunes médecins qui chôment ou même qu’il y ait des problèmes de « pratique » pour des étudiants suffisamment abreuvés aux sources de la théorie pure. L’atomisation des départements ministériels n’est, à notre avis, gage d’aucune efficacité dans le travail gouvernemental.

 

  Dans tous les cas de figure il urge de faire quelque chose pour éviter que le service public dans le domaine de la santé se travestisse par des méthodes d’arnaque indignes d’un secteur aussi important dans la vie sociale. Le contribuable sénégalais mérite plus que le service qui lui réservé actuellement dans les hôpitaux du pays : en plus de la cherté des médicaments, il est astreint à supporter les contrecoups des manœuvres ignominieuses de certains agents de la santé publique. Nous osons espérer qu’en dépit de la qualité probablement médiocre de cet article, nos remarques ne manqueront pas de soulever au moins un débat sur la qualité des prestations de service dans le domaine de la santé publique. Il faut juste rappeler que la santé et l’éducation sont d’une importance telle, que leur libéralisation n’empêche pas qu’elles soient des domaines où l’autorité de l’État doit toujours être effective et sans la moindre ambiguïté.

 

           Alassane K. KITANE

 L'auteur  alassane kitane
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Mots Clés: CMU Macky Sénégal
Commentaires: (2)
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Ibou En Avril, 2016 (10:29 AM) 0 FansN°:1
Bonjour excuse moi ya une faute sur l'écriture malasdie ces maladies ?
Anonyme En Avril, 2016 (21:59 PM) 0 FansN°:2
merci Ibou

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alassane kitane
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