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De ce que le parrainage est une injustice faite aux partis politiques et à la démocratie

Posté par: Alassane kitane| Mercredi 28 mars, 2018 14:03  | Consulté 388 fois  |  0 Réactions  |   

 

« L'accord de tous les intérêts se forme par opposition à celui de chacun. S'il n'y avait point d'intérêts différents, à peine sentirait-on l'intérêt commun qui ne souffrirait plus d'obstacle: tout irait de lui-même et la politique cesserait d'être un art » Rousseau  (Note du livre 2, Chapitre 3 du Contrat social)

 

Le parrainage est l’expression de la médiocrité du régime de Macky Sall qui prétend vouloir mettre fin à une injustice qui frappait jusque-là les indépendants. L’argument de la rationalisation des candidatures à la présidentielle est une absurdité théorique et un acte antidémocratique. Les tenants du pouvoir prétendent que c’est une injustice que d’exiger des seuls indépendants à obtenir un nombre défini de signatures de parrainage : il faut donc soumettre les partis politiques à la même rigueur. Cet argument est  la preuve que Macky sall n’a qu’une vision très médiocre de la démocratie et de l’idéal d’une société avancée qui devrait motiver tous les hommes politiques. On ne peut pas mettre sur le même pied les candidats indépendants et les candidats investis par des partis politiques et ce, pour deux raisons.

 

La première raison est que les partis politiques n’ont pas pour unique vocation la participation à des élections. Un parti politique est avant tout une forme d’expression de la démocratie représentative. Les partis politiques sont des réceptacles de volontés particulières qui, par le jeu des convergences, sont capables de s’unir autour d’un idéal commun et d’une vision. Sous ce rapport, les partis politiques sont des instances de formation à la vie citoyenne et politique. L’organisation des militants autour d’instances, les réunions, les meetings les manifestations de rue, l’animation continue du débat politique, etc. sont à la démocratie ce que l’air est à la vie. Il faut des moyens, de l’énergie et beaucoup d’idées pour faire vivre un parti politique : pendant ce temps, l’indépendant n’est pas astreint à une telle débauche d’énergie. Il y a une loi de la sélection naturelle qui promeut certains partis et en condamnent d’autres à l’oubli de la mémoire collective. On ne peut pas demander à un parti politique qui est en permanence présent sur le terrain et sur la scène politique, d’être sur le même pied que les candidats indépendants. Et si l’on fait du parrainage une règle générale, les partis politiques risquent de disparaître à terme. Si, en effet, on peut se faire élire député ou président sans avoir un appareil politique, on n’a plus de raison de créer et de faire vivre un parti politique. Que deviendraient alors ces jeunes, ces femmes dont la formation politique était prise en charge par les partis politiques ?

 

La deuxième raison est que la richesse, le lobbying étranger et les manœuvres politiques du régime en place seront désormais des données susceptibles de fausser le jeu démocratique. Baisser la caution à l’élection présidentielle et imposer le parrainage aux partis politiques c’est une antinomie démocratique. Car au moment où le parti politique doit mobiliser des personnes pour sa massification dans le temps, il suffira à un indépendant sans moralité de s’entendre avec des lobbies nationaux ou étrangers pour sillonner le pays afin de « payer » sa légitimité. D’ailleurs s’il n’y a plus de doute aujourd’hui que le gouvernement a financé des candidatures aux législatives pour effriter l’électorat de l’opposition, qu’est ce qui pourrait l’empêcher d’actionner des réseaux et des hommes de peu de vertu pour saborder le parrainage de certains leaders de l’opposition ? Farba Senghor, Serigne Mbacké Ndiaye, Pape samba Mboup, Manko Wattu Sénégal (avec ses couleurs qui prêtent à confusion) etc. ont joué le rôle de trouble-fête lors des législatives, et personne ne peut les empêcher de rééditer le même coup car leur souci n’est pas de gagner, c’est plutôt de faire perdre. La démocratie risque à la longue de se pervertir en un jeu de dupes où l’argent fausse l’esprit de la compétition et rend superflue la confrontation des idées.

 

Alassane K. KITANE

Professeur au Lycée Serigne Agmadou Ndack Seck de Thiès

SG du Mouvement citoyen LABEL-Sénégal

 L'auteur  alassane kitane
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