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En route vers l'anticipée de philosophie: croire et savoir; foi et raison

Posté par: Alassane kitane| Lundi 23 mai, 2016 12:05  | Consulté 6050 fois  |  0 Réactions  |   

Sujet :   Peut-on croire sans savoir ?

Analyse :

Peut-on : possibilité matérielle, capacité, aptitude, ou est-il légitime, a-t-on la liberté

Croire : tenir pour vrai, supposer, avoir confiance, croire quelqu’un c’est se fier à lui, adhérer naïvement.

Savoir : connaître, être conscient, être informé, être instruit, avoir fait l’expérience.

Croire sans savoir : croyance dépourvue de savoir, le fait de croire sans rendre compte, c’est-à-dire inconsciemment, croyance qui exclut la raison, la connaissance (fanatisme, superstition).

Problématique : Il s’agit de réfléchir sur le rapport paradoxal entre la croyance et le savoir. On oppose volontiers savoir et croyance ; on prétend même qu’on croit parce qu’on ne sait pas.  La croyance est-elle légitime sans le savoir ? Est-il possible de croire sans le savoir ? Ces deux questions impliquent que le savoir doit précéder la croyance, qu’il est indispensable à cette dernière. Cette affirmation n’est-elle pas paradoxale au regard de la définition de la croyance comme le fait de tenir pour vrai, de supposer, d’adhérer sans preuve ?

Thèse : on peut croire sans savoir. On croit par défaut de savoir

-Si croire c’est tenir pour vrai, toute croyance repose sur l’ignorance : on croit parce qu’on ne sait pas. Dans les sociétés où la science et la philosophie sont en avance, la superstition est quasiment absente. A l’inverse dans les sociétés où la science et la philosophie sont en retard, il y a beaucoup de superstition. Cela suggère que la superstition (croyance à des présages bénéfiques ou maléfiques inhérents aux choses) a pour motivation l’ignorance. Stuart Chase, concepteur du plan Marshall a dit : « Pour ceux qui croient aucune preuve n’est nécessaire. Pour ceux qui ne croient pas aucune preuve n’est possible ». Ce propos montre clairement l’inutilité de la motivation dans la croyance alors que le savoir doit toujours reposer sur des raisons, des arguments. Le fanatique est en général celui qui est le moins pourvu d’intelligence et même de connaissance religieuse.

-La croyance religieuse repose sur le dogme et la révélation. Le dogme exclut le savoir car c’est une vérité ou une opinion hors de toute discussion. La révélation implique un aveu d’impuissance de la raison à expliquer le mystère de l’existence. Dieu révèle aux hommes des vérités qu’ils ne pourraient savoir par leur propre effort, d’où le prophète est le trait d’union entre les hommes et Dieu, entre l’ignorance et la sagesse. On comprend dès lors pourquoi dans l’antiquité et dans le Moyen-âge l’obscurantisme a persécuté les scientifiques et les philosophes : la croyance s’accommode mal avec la réflexion et la recherche du savoir.

-La naïveté en tant qu’attitude consistant à croire sans réfléchir est la preuve que non seulement on peut croire sans savoir mais aussi que l’absence de savoir est généralement le fondement de la croyance.

-L’expression « sans savoir » peut signifier « sans s’en rendre compte ». Dans ce sens croire sans savoir est possible car même le rationaliste croit à la raison. Le scientisme qui est une des formes de ce rationalisme croit en la science et ne se rend pas compte que c’est très souvent une mythification de la science qui motive ses énoncés et son engagement. L’ignorant aussi croit qu’il sait alors qu’il ne sait pas : sa croyance est donc ignorante. La prétention consistant à surestimer ses facultés est une croyance fondée sur l’ignorance. L’égocentrisme, l’ethnocentrisme sont des exemples de croyance dénouée (dépourvues) de savoir. Claude Lévi-Strauss a dit dans ce sens que : « le barbare est celui qui croit à la barbarie » pour suggérer que le complexe de supériorité et le mépris de l’autre sont dus à l’ignorance. La connaissance de l’autre devrait faire disparaître la croyance à son infériorité.

 

Antithèse : Cependant la croyance est-elle réellement disponible sans savoir quelconque?

 

-Il faut comprendre qu’il y a différentes sources de savoir : on peut connaitre par la raison, par les sens, par l’expérience et peut-être même par le cœur. La croyance superstitieuse est considérée comme dénuée de savoir mais elle repose parfois sur l’expérience et le vécu. Celle-ci est instructive, elle nous donne des connaissances empiriques.

-Celui qui croit a toujours ses raisons : croire une personne, croire en quelque chose ou en quelqu’un, etc. Dans tous ces cas, croire c’est toujours motiver sa croyance par des raisons. Sartre raison de dire que « toute croyance est projet de croyance » : on ne croit presque jamais innocemment. La notion de foi qui implique la confiance accompagnée de conviction permet de mieux voir la place du savoir dans la croyance. C’est vrai que la foi n’est pas de la simple croyance, mais elle permet de comprendre que le savoir est parfois le levier de la croyance. On a confiance en des personnes que l’on connait d’une manière ou d’une autre ; on a foi en une doctrine que l’on sait probante. Toute croyance repose, en effet, sur une connaissance, quelle que soit sa forme.

-Même la croyance religieuse implique la notion de savoir car la religion est spécifique à l’homme qui est un être rationnel. Pascal a dit que le cœur : « le cœur a ses raisons que la raison ne connait pas » pour suggérer que les vérités religieuses sont sensibles au cœur et non à la raison. Le cœur connait Dieu par intuition et cette connaissance est la source de la croyance.  Mieux, la croyance religieuse nécessite un minimum de compréhension, or la compréhension exige la réflexion. L’adoration même de Dieu requiert la connaissance, et la frontière entre la foi et le fanatisme semble être cette dose de raison présente dans la foi. Saint Augustin confirme cela en réinterprétant ce passage de la Bible : « si vous ne croyez pas vous ne pourrez pas comprendre » Une lecture superficielle de ce passage d’Isaïe pourrait incliner à penser qu’il est recommandé de suspendre la raison impuissante pour que la croyance permette la compréhension des mystères de Dieu. Mais Saint Augustin s’interroge : « qu’est ce qui me  conseille de croire pour comprendre ? Qu’est ce qui m’en convainc ? » La réponse à cette question est selon lui « la raison » d’où conclut-il : « il y a toujours quelque raison qui marche devant ». Cela suggère que la raison précède la croyance et la rend possible.

-Le fait que les animaux ne soient pas concernés par la religion devrait inciter à relativiser la relation antinomique entre la croyance et le savoir. C’est bien parce que nous sommes rationnels que nous sommes capables de comprendre le message religieux et d’y adhérer. Peut-on que ce qui est appelé croyance n’est enfin de compte qu’une façon pour la raison d’appréhender la réalité. Celui qui croit au mythe et à la magie ne cesse pas d’être rationnel. Ce sont des formes du savoir qui, bien qu’étant suspectées d’être irrationnelles, proposent à l’homme des solutions dans son rapport au monde. Claude Lévi-Strauss a expliqué d’ailleurs que c’est parce que nous sommes prisonniers de la rationalité analytique que nous ne pouvons pas comprendre la rationalité du mythe qui est structurale. La rationalité analytique (celle cartésienne) étudie les éléments séparément (la règle de l’analyse) alors que la démarche structurale part du principe que c’est le tout qui donne un sens à la partie. Il y aurait donc dans le mythe un savoir, or le mythe fait l’objet de croyance populaire.

 

 L'auteur  alassane kitane
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