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Macron rend hommage à You et offre le SG de l’OIF au Rwanda QUE DE SYMBOLES !

Posté par: Alassane kitane| Dimanche 21 octobre, 2018 11:10  | Consulté 225 fois  |  0 Réactions  |   

 

 

Bercy est révélateur de l’état d’esprit des Sénégalais :  extravagance, folklore et manque d’ambition. Ils se vantent d’aller remplir une salle française de ressortissants sénégalais et prétendent qu’ils s’inscrivent dans une logique d’exportation de la culture sénégalaise. Pendant ce temps, le tourisme meurt à petit feu à cause de la cécité politique de nos dirigeants toujours incapables de rendre attrayante la destination Sénégal. Michael Jackson remplissait les stades du monde par des autochtones : c’est ça une star mondiale. Être une star mondiale, c’est être partout chez soi. Être une star mondiale, c’est être apte à affranchir son art et sa part de marché dans le show-business des aléas politiques. Être une star mondiale, c’est mettre son art au service des causes nobles et non ses accointances politiques au service de son art. Tant que vous ne serez pas capables d’attirer des étrangers, par vos concerts, au Sénégal, vous ne ferez que renflouer l’économie culturelle étrangère et non la vôtre.

 

La pacotille change de couleur et de forme, mais reste pérenne à travers les âges. Nous n’apprenons pas à nous faire respecter. Au Rwanda, l’anglais a remplacé le français comme langue de scolarisation et est devenu, depuis 2012, la 2e langue d’alphabétisation (après le kinyarwanda). Le français demeure une des trois langues officielles du Rwanda, mais selon des données de l’OIF de 2014 seuls 6 % des rwandais sont francophones. Pourtant ça n’a pas empêché le Rwanda d’avoir le poste de secrétaire général de l’OIF. Pendant ce temps, le wolof et les autres langues n’ont toujours pas réussi à devenir des langues de scolarisation et la politique d’alphabétisation dans nos langues bat de l’aile.

 

Ce débat est presque tabou dans la démocratie de saltimbanques qu’est la nôtre. Le français, cette blessure de guerre que nous portons comme séquelle mentale dans notre conscience nationale, nous ampute de notre personnalité sénégalaise et fait de nous des pantins culturels. Je préfère l’anglais comme langue de scolarisation, car il m’ouvre les portes de la science, de la bourse et de la diplomatie ; et de toute façon je l’aurais choisi librement alors que le français m’a été imposé.

 

Nous avions nos langues et certaines d’entre elles avaient commencé à se déployer sur tout le continent, mais ils sont venus nous persuader qu’elles étaient toutes vernaculaires. C’est quoi une langue non vernaculaire ?! Leurs langues aussi vernaculaires que les nôtres ont, par impérialisme, réussi à devenir des langues internationales au détriment des nôtres. Nous avons fini par être convaincus que nos langues ne peuvent véhiculer ni philosophie ni science. En acceptant cette servitude intellectuelle et culturelle, nous avons contribué à creuser le gap qui nous sépare d’eux.

 

Nous avions la connaissance de toutes les plantes médicinales, mais quand ils sont venus, ils nous ont demandé d’abandonner la consommation de plantes médicinales au profit des médicaments. La mystification obéissait à une logique d’exploitation. Il fallait que l’économie monétaire pénètre toutes les structures sociales en Afrique et déshumanise la société. La formalisation de l’économie est une forme d’appauvrissement de celle-ci : l’accès aux ressources naturelles par le biais de la monnaie est une grande aventure pour l’homme africain. La monétarisation de l’économie a fini de chosifier les rapports sociaux dans un continent où la famille et la collectivité continuent de primer sur les initiatives individuelles. Il y a donc un conflit entre l’économie (monétarisée) et le reste de la culture chez nous.

 

Au Rwanda c’est le chef de l’État qui est une star que les présidents des puissances étrangères veulent rencontrer et contenter. Chez nous par contre, ce sont les artistes qui sont appelés à la rescousse pour combler le vide diplomatique causé par l’incompétence de nos élites politiques. Ils passeront par des artistes pour s’immiscer dans nos affaires internes et s’implanter davantage dans notre économie et dans la définition de nos politiques. Nous ne devons donc pas nous étonner de les voir nous voler avec facilité nos ressources halieutiques, notre zircon, notre pétrole, notre gaz, etc. Un chef d’État qui n’a pas le courage de comprendre que la scolarisation dans la langue locale est plus propice à l’assimilation des sciences ne peut pas avoir la clairvoyance de définir des politiques économiques endogènes et porteuses d’une véritable révolution économique.

 

Au lieu de travailler souverainement à nous affranchir de la servitude culturelle entretenue par l’impérialisme de la langue française, nos autorités politiques sont plutôt enclines à être les tirailleurs sénégalais de l’OIF. Au lieu de travailler à ancrer notre économie dans les besoins réels de nos populations, nos autorités s’emploient aveuglément à transformer celle-ci en succursale de la France et des pays émergents. Les symboles sont décidément très forts.

 

Alassane K. KITANE

Professeur au Lycée Serigne Ahmadou Ndack Seck de Thiès

Président du Mouvement citoyen LABEL-Sénégal

 

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alassane kitane
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