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MOUSTAPHA NIASS : DE LA PIERRE AU PERCHOIR

Posté par: Alassane kitane| Dimanche 13 mai, 2018 11:05  | Consulté 264 fois  |  0 Réactions  |   

                           Quel mauvais symbole pour la jeunesse !

 

Se croyant capables d’échapper à leur destin par divers subterfuges, certains hommes verrouillent leur demeure jusqu’à s’étouffer dedans. Il y a des hommes tellement industrieux en matière de combines mesquines qu’ils croient naïvement pouvoir se soustraire à jamais à la morale humaine. Ils tournent le dos à leur propre conscience, se moquent du remords et tournent en dérision la bonne foi du peuple. Le nom de l’actuel président de l’Assemblée nationale du Sénégal est définitivement gravé dans la mémoire collective comme symbole de la violence politique dans notre pays. De la gifle qu’il aurait administrée à un camarade à la grosse pierre à la main aux abords de l’Assemblée nationale en passant par les insultes proférées contre un jeune camarade récalcitrant, Moustapha Niass est pourtant la deuxième personnalité étatique de notre pays aujourd’hui. Quelle leçon politique la jeune génération devrait-elle en tirer ? Un tel symbole offert en exemple à la jeunesse participe-t-il à construire et à consolider une démocratie apaisée et civilisée ?

 

Senghor fut un grand humaniste, homme de Lettres et homme politique dont l’habilité jusque dans le discours charriait l’admiration et l’enthousiasme. Senghor fut un homme charismatique, même ceux qui lui étaient opposés politiquement ou intellectuellement admiraient son brillant esprit et son dédain pour la promiscuité morale. Ecouter Senghor navigant entre rhétorique et dialectique était un plaisir : il y a chez Senghor une sorte d’aimant intellectuel presque irrésistible. C’est pourquoi il fascinait tant intellectuellement que politiquement. Chez lui, la beauté de l’intonation, la vérité du verbe et l’adresse politique faisaient une seule et même chose. « La détérioration des termes de l’échange » : ce concept qu’il a produit continue encore de cerner toute la complexité de la géopolitique et de l’injustice des échanges économiques actuels. C’est là une preuve d’une fécondité intellectuelle manifeste. Celui dont se réclame l’actuel président de l’Assemblée nationale était donc (même si ses choix politiques furent discutables) un modèle de prudence, de modération et dialogue.

 

Abdou Diouf, dont l’actuel président de l’Assemblée nationale a été le Premier ministre, est réputé être auteur d’un des plus grands consensus sur le code électoral sénégalais. Abdou Diouf avait probablement une piètre vision économique pour le Sénégal, mais les institutions qu’ils a créées témoignent de sa conception quasi transcendantale de l’État. « Moins d’État, mieux d’État était » une de ses formules préférées : on peut ne pas être d’accord avec lui sur l’idée, mais au moins il savait théoriser ses choix politiques et économiques. Peut-on imaginer Abdou Diouf, pierre à la main, prêt à en découdre avec des forces de l’ordre et des adversaires politiques ? Assurément non, car lui aussi a du charisme et de la hauteur dans le combat politique.

 

Abdoulaye Wade dont Moustapha Niass a été également le Premier ministre est surtout resté célèbre pour sa formule « je ne marcherai pas sur des cadavres pour entrer au palais ». L’aura dont il jouit encore auprès des populations (malgré la douloureuse parenthèse de 2012) suffit pour prouver l’étendue de son charisme. Le Nepad, les grands projets et la diversification de nos partenaires économiques (notamment avec l’ouverture sur les pays arabes, la Chine, l’Inde, le Brésil, etc.) prouvent qu’il avait une vision et une ambition pour son pays. Artisan de la première alternance démocratique du pays, son courage et sa patience pourraient être donnés en exemple à tous les jeunes politiques. Macky Sall quant à lui a au moins eu le mérite d’être élu Président de la république sous le nez et la barbe des vieux politiciens.

 

Faire de Moustapha Niass le président de l’Assemblée nationale, c’est en fin de compte récompenser la pierre en lieu et place du charisme, c’est dire à la jeunesse « la violence paie plus que le dialogue et la tolérance ». Un jeteur de pierre ne devrait pas être une icône principale dans le paysage institutionnel de notre pays. Ce n’est vraiment pas un hasard si un tel président a voulu réquisitionner un militaire pour faire taire un député. Quelle déchéance ! Ce n’est pas étonnant qu’un président de l’assemblée nationale ait trouvé le génie et la ruse pour faire voter une loi organique sans débat. Du haut de son perchoir, Moustapha Niass nous renvoie l’image de ce qu’il a comme leg à transmette à la postérité : celle d’un homme nerveux et peu enclin à supporter la moindre contradiction. Les peuples peuvent se tromper, mais ils ne sont pas fous : quel serait notre destin si nous avions fait de ce Monsieur le Président de la république, clé de voûte des instituions ?

 

Le problème avec la démocratie, notamment celle d’opinion, c’est qu’on peut y tromper le peuple. La popularité peut s’acheter, mais pas le mérite ; le succès peut être artificiel, mais pas la noblesse d’âme ; la réussite peut être trichée, mais pas l’héroïsme. C’est ce qui fait que la démocratie n’exclut pas la promotion et l’élection des médiocres et même des tyrans. Heureusement qu’ils finissent toujours par révéler au peuple qu’ils étaient des intrus dans l’espace démocratique.

 

Alassane K. KITANE

Professeur au Lycée Serigne Ahmadou Ndack Seck

Président du Mouvement citoyen LABEL-Sénégal

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