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Pratique et éthique du Taekewondo

Posté par: Alassane kitane| Mercredi 31 mai, 2017 20:05  | Consulté 551 fois  |  0 Réactions  |   

EL hadji Fallou Samb, Etudiant en Master II au département de Philosophie (

UCAD), perce les mystères duTaekwondo.

 

 

        Ce texte que je compte partager, sous forme d’article de presse, avec le grand public est, à l’origine, un discours que j’ai prononcé lors d’un diner organisé le samedi 25 Juin 2016 par le Duc Taekwondo au restaurant Diabaté de la Faculté des Sciences et Techniques (UCAD ). Proclamé en présence de plusieurs maîtres dans diverses disciplines (Kung Phu, Nanbu Do etc…), il portait initialement le titre « Education en art martial : l’exemple du Taekwondo ».

 

EL Hadji Fallou Samb Ceinture noire 1ème  Dan  Taekwondo

 

 

    Au terme d’une gestation relativement longue de neuf mois dans le ventre de sa mère, l’homme nait inaccompli. Ne pouvant rien faire par et pour lui-même, immature prématuré et donc humainement faible, il ne deviendra ce qu’il doit être que par ce qu’il recevra des autres hommes : l’éducation. Le philosophe allemand Emmanuel Kant a vu juste quand écrit que l’homme « n’est que ce que l’éducation fait de lui. Il faut bien remarquer que l’homme n’est éduqué que par des hommes et par des hommes qui ont également été éduqués. »  (Réflexions sur l’éducation, pp.76-77).Et à lui d’ajouter que « L’homme est la seule créature qui soit susceptible d’éducation » (p. 98) et « (il) ne peut devenir homme que par l’éducation » (p.93). Ce propos exclut les animaux du cadre de l’éducation. L’animal, contrairement à l’homme, est né programmé, ses comportements sont entièrement déterminés par son héritage génétique. L’homme se distingue des bêtes en ceci qu’il est capable de recevoir une formation, une éducation de ses semblables. ? la différence de l’animal, l’homme est doté d’un néocortex (partie du cerveau humain) lui permettant de réfléchir, de penser par sa raison. Un homme qui n’a pas d’éducation, de valeurs éducatives, de codes de conduite sur lesquels il règle ses actions, est assimilable à un  animal qui obéit de manière aveugle à ses instincts, pis c’est un inhumain. L’éducation peut être définie comme un processus par lequel l’homme devient humain. En tant que telle, on peut dire qu’elle est un processus d’humanisation à travers la transmission de l’héritage culturel et « civilisationnel » accumulé. Les instances dans lesquelles l’homme acquiert une éducation sont d’abord la famille, ensuite la rue et enfin l’école. C’est sur ce plan que l’éducation physique, morale et spirituelle développée par  la pratique régulière d’un art martial chez le sujet  nous amène à classer le taekwondo parmi les instances éducatives. Il est une école. Notre préoccupation est de réfléchir sur le sujet « éducation et art martial : l’exemple du taekwondo. » Le taekwondo comme art martial nous sert ici de cadre de réflexion. Au demeurant, l’on se posera la question fondamentale selon laquelle en quoi la pratique d’un  art martial en  générale et du taekwondo en particulier contribue t-elle à installer, à consolider voire à restituer à l’individu des valeurs éducatives ? ? cette question centrale s’adjoignent des interrogations secondaires : au premier rang desquelles nous avons celle-ci : qu’est-ce que l’éducation ? Ensuite, qu’est-ce qu’un art martial ? Enfin, comment penser une éducation en taekwondo. En effet, si l’on considère le taekwondo comme une école, comme un lieu où s’enseigne et s’assimile une certaine pratique physique, corporelle alors quel est  son modus operandi ? Et par voie de conséquence, quel est le rapport entre corps et esprit ?

 

     Pour effectuer ce voyage au cœur du taekwondo, une clarification conceptuelle s’impose. Le premier des concepts à propos duquel une clarification est nécessaire est celui d’éducation. Ce concept vient du latin « educatio » qui signifie  l’action d’élever, de former un homme de développer ses facultés intellectuelles et morales. Un deuxième sens du vocable éducation attire notre attention. Ici elle traduit  une élévation morale, intellectuelle des hommes de tout âge ou d’une collectivité. Ainsi, l’acquisition des  valeurs éducatives se fait par un processus qui va de l’enfance à l’âge adulte. Ce processus a pour principale destination, faire de l’homme un être qui se connaît, se maîtrise  et s’humanise en faisant parler, dans toutes  les circonstances, ce qu’il y a de divin en lui, sa raison.

 

  Le deuxième des concepts qui concerne notre affaire est celui d’art martial en général et de taekwondo en particulier. L’art martial est à la fois une école enseignant une technique de combat, la connaissance et la maîtrise de soi. En exemple d’art martial nous prenons ici le taekwondo, lequel est un mot coréen  composé d’un triptyque « TAE » signifiant coup de pied « KWON » renvoie à coup de poing  et « Do » à trait à la voix, à l’esprit. En effet, le taekwondo est un exemple d’art martial d’origine coréenne, dont la technique de combat est principalement  basée sur des coups de poing et des coups de pied portés au dessus de la ceinture.

 

? décortiquer le vocable Taekwondo et en se référant au « Do » nous voyons se dessiner nettement une différence entre l’animal et le pratiquant. Certains animaux comme l’âne, le cheval peuvent donner des coups comme le suggère le Tae et le Kwon. Mais à la seule différence que ces animaux ne réfléchissent pas sur leurs coups. Ainsi, le pratiquant de cet art  possède une connaissance et jouit d’une maitrise de la force, ainsi que de la précision et de la vitesse qu’il imprime à ses coups. Cette dimension renvoie au « Do » c’est-à-dire à l’esprit qui montre vite au taekwondo?ste que donner des coups sans réflexion, sans aucune éthique le range dans la catégorie des animaux.

 

   Le sujet pratiquant le taekwondo acquiert, dans le meilleur des cas, à travers sa formation un savoir, un savoir-faire et un savoir-être. Comme savoir, la pratique de cet art martial installe en lui une certaine forme de connaissance, comme la connaissance de soi, de son corps et de son intérieur, ainsi que la mesure de ses faiblesses et ses forces qui sommeillent en lui. D’ailleurs, la connaissance de soi est l’épicentre même de tout apprentissage. Aussi, la découverte d’une nouvelle langue (le coréen) est à ranger dans ce registre. Car, par cette pratique, l’apprenant est initié à compter, à nommer certaines parties du corps, à nommer certains coups et mouvements en coréen… 

 

 Le savoir-faire dont il est question ici, concerne l’ensemble des techniques de combat qui sont enseignées au néophyte. Ces techniques sont relatives à des mécanismes corporels d’attaque et de défense effectués par les mains (son), poing ( dioumok ) pieds ( ap tchou, baldeun.) , genoux ( Moureup), corps etc,. Ces deux savoirs devraient déboucher sur un savoir être, lequel apprend au pratiquant la bonne conduite dans toutes les circonstances de sa vie. Savoir être est le but principal de l’éducation en art martial. Cela renvoie à la bonne conduite dans l’action. Construire, sculpter un homme-humain, tel est la tâche du taekwondo. On ne saurait refuser à personne le fait d’être homme, mais on peut dire de certains qu’ils sont inhumains. Nous parlons d’homme-humain parce que nous considérons qu’il y’a des hommes  qui ne sont pas humains, c’est-à-dire chez qui la raison ne s’exprime pas à travers leur agir. En réalité, le taekwondo est sous tendu par une philosophie de la bonne conduite. De ces définitions se dégagent un certain nombre de réflexions autour de la jonction entre éducation et  taekwondo.

 

  La première des dimensions de l’éducation en taekwondo est celle du corps. L’éducation et la maîtrise du corps par l’âme sont centrales en taekwondo. D’où  tout le sens de l’effort physique lequel astreint le corps à supporter avec une force d’âme inébranlable  les douleurs qui lui sont infligées. Par exemple le joomok deulya ( fermer les poings et les poser contre le sol dur) endurcit les poings. ? cela s’ajoute une maîtrise de ses passions (par exemple maîtrise de la colère en cas de réception d’un coup durant un combat). Une meilleure connaissance du corps par l’esprit permet de rendre celui-ci plus apte à s’endurcir et être mieux à même de supporter toute douleur, mieux éduqué, endurant et plus résistant. Au-delà de cela, l’éducation du corps  est aussi un moyen de le purger des saletés susceptibles de le rendre vulnérable aux attaques des microbes pouvant lui donner la maladie. Les mouvements relatifs aux échauffements, au kibong do jang (l’ensemble des mouvements effectués avec les bras), au kibong pal jang (l’ensemble des mouvements effectués avec les jambes) ou à leur synthèse dans le poomsee, montrent à suffisance l’éducation que le corps reçoit dans notre art martial. Forger le corps à être endurant, agile, puissant, « intelligent » et discipliné, telles sont les tâches de l’éducation du corps ou de l’éducation physique en taekwondo.

 

   La seconde dimension de l’éducation en taekwondo est relative à l’âme, à l’esprit. Cette dimension  correspond à l’éducation de ce qu’il y’a de supérieur en l’homme, son âme. En effet, comme instance éducative, le milieu du taekwondo contribue à consolider, à restituer ou à installer chez le sujet des valeurs morales et éthiques. La formation ici, peut consolider  les valeurs reçues antérieurement ou faire renaître chez le sujet le sens des valeurs ou à les restituer à celui qui en est dépourvu et qui lui serviront de lanterne pour se conduire dans son existence. En taekwondo, ces valeurs sont résumées par ce qui est communément appelé les cinq qualités du pratiquant.

 

   La première qualité est l’humilité. Celle-ci n’est pas la faiblesse mais une vertu qui nous donne le sentiment de notre insuffisance à nous-mêmes, réprimant ainsi les sentiments d’orgueil et sous ce rapport nous prédispose à commercer avec autrui. Cela demande un travail permanent sur soi. Et il faut remarquer que dès qu’on cherche à être humble devant les circonstances de la vie, on ne l’est tout simplement pas en ceci que l’humilité est une qualité qui, quand elle finit de s’installer, on ne se rend plus compte de ses mises en œuvres. Cette qualité prend place dès les premiers jours où l’on se rend compte que les devanciers savent faire ce que l’on ne peut pas encore faire. ? cela s’ajoute le fait que toute personne qui devance par l’inscription une autre, fut-ce un enfant ou une femme, dans le do jang (le lieu d’entrainement) est un maître, un supérieur pour le nouvel venu. L’humilité s’invétère dans le temps à travers le respect absolu de la hiérarchie ; celle que l’on a à notre égard et celle que nos inférieurs ont à notre endroit. Ceux qui ont des pulsions de violence s’assagissent et deviennent de plus en plus humbles à travers les combats gagnés ou perdus dans la sportivité.

 

  La deuxième des qualités est la maîtrise de soi. Par maîtrise de soi, il faut entendre la capacité du sujet d’avoir une emprise sur ses peurs, ses colères, ses passions et le non recourt rapide des armes dont son corps est pourvu via la pratique de l’art marial. Par là, l’éducation en taekwondo cherche à amener le néophyte à discipliner son égo, à s’efforcer à garder  son flegme devant les douleurs, les peines et les déceptions. Pour l’installation et la perpétuation de cette qualité, il faudrait un perpétuel travail du pratiquant sur lui-même, car celle-ci n’est jamais définitivement acquise.  Elle est une conquête perpétuelle.

 

  La troisième des qualités est le respect. Cela traduit le rapport que l’on doit entretenir avec autrui. Ce rapport doit être régi par un sentiment d’égard, de considération, par une attitude déférente que l’on doit avoir pour tout être vivant, homme (quelque soit sa race, sexe, couleur origine) animal ou même végétal. Le serment du taekwondo est édifiant ici en cela qu’il inspire au pratiquant le respect de l’esprit martial, lequel esprit ne se limite pas au respect des maîtres et des anciens mais concerne tous les hommes. Suivant le même rapport, cette valeur suggère d’accepter autrui tel qu’il est dans sa différence. Cette acceptation de la différence commence à prendre forme dans une plus grande unité au sein du dojang (le lieu des entrainements) quand tous les pratiquants portent le même « dobog » (tenue de sport) et une ceinture ( tie ).

 

  La quatrième des qualités est la persévérance. Persévérance, par ce vocable notre art martial nous apprend à ne jamais baisser les bras devant les difficultés et les échecs, à essayer toujours de les surmonter, de les transcender. Ce vocable stipule l’idée d’une fermeté et résolution dans ses actions et par  là toujours s’inscrire dans une logique de progression. C’est pourquoi devant ses limites dans une compétition ou dans les passages de grades le taekwondo?ste retourne retravailler pour revenir plus fort.

 

  La dernière des qualités est l’honnêteté.  Ce concept traduit dans l’éducation spirituelle du néophyte, le culte de la probité, de la bienséance, de la civilité, de la politesse, entres autres. Cela inspire au pratiquant à toujours essayer de dire le vrai, de défendre des causes justes, ne jamais se plier à la corruption, à l’injustice.

 

    Avec ces qualités à cultiver en permanence, le taekwondo?ste peut s’assurer d’avoir acquis des valeurs susceptibles de lui garantir une quiétude d’esprit et de cœur et une liberté pure contre toutes formes de servitudes dans un monde de troubles, oscillant désespérément entre tensions de toutes sortes et consommation à outrance. En plus de cette paix du cœur et de cette liberté intérieure, le néophyte peut aussi jouir d’une paix du corps laquelle lui servira de garant contre certaines maladies. Ces paix sont couronnées par une paix sociale dont l’application des valeurs éducatives élaborées par notre art martial rendrait possible la pérennité.

 

In fine, il faut dire que la valeur d’une éducation réside dans le fait de permettre au sujet d’interagir avec son environnement et avec ses concitoyens pour une paix sociale. Disons que la discipline qui accompagne l’art martial en général, jumelée avec nos valeurs africaines pourraient constituer un levain pour le développement du continent africain. La clé du développement de bon nombre de pays asiatiques est la discipline dans le travail, la discipline dans le sport, la discipline dans la rue, dans la famille, dans la vie civile, bref la discipline dans tout ce que l’on fait. C’est cette discipline qui doit s’ériger en une éthique et qui doit accompagner le sujet dans le milieu professionnel,  sociale, politique, économique. Et ainsi on est fier d’être le parfait citoyen avec des valeurs morales inouïes pouvant contribuer à son développement, à celui de sa famille, son quartier, sa région et par voie de conséquence à celui de son pays.

 

   Au terme de cette analyse faite sur les valeurs éducatives en art martial en général et en taekwondo en particulier, nous sommes arrivés à voir que celui-là est porteur d’une éthique permettant au pratiquant de construire en permanence son humanité, bref de s’auto-construire et de construire son monde. Ces valeurs sont d’ordre physique intellectuel et moral débouchant sur une dimension politique, car au-delà de l’éducation du corps il y a l’éducation spirituelle favorisant une maîtrise et une absence de trouble interne et externe jusqu’au bonheur et à l’harmonie dans la société. Conditions d’une vie bonne. Nous clôturons cette analyse par ces propos de Platon qui disent que : « L’essentiel ce n’est pas de vivre mais de bien vivre ». Tachons de bien vivre chers taekwondo-istes.

 

 

 

 EL hadji Fallou Samb, Etudiant en Master II au département de Philosophie (UCAD), ceinture noire 2e Dan en Taekwondo.

 L'auteur  alassane kitane
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Mots Clés: Taekwondo
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