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Quand l’indomptable opinion publique dévoile la vacuité d’un Président

Posté par: Alassane kitane| Mardi 18 avril, 2017 12:04  | Consulté 318 fois  |  0 Réactions  |   

 

«Que [l’Autorité] se borne à être juste nous nous chargerons d’être heureux» Benjamin Constant

 

    Selon la Théogonie d’Hésiode, au commencement était le Chaos d'où sont issus le Ciel et la Terre, qui, en s'unissant, ont engendré le monstre Cronos. Cronos dévorait ses propres enfants après les avoir engendrés. Sa femme (qui était sa sœur), Rhéa, décida un jour de substituer à l'enfant nouveau-né une pierre emmaillotée. L'enfant sauvé de la voracité de son père n'était autre que Zeus qui finit par triompher de son père. Si Cronos est généralement interprété comme le symbole du temps (tout nait dans celui-ci et tout y devient caduc) il pourrait aussi être le symbole de l’histoire du président-politicien (selon l’expression de Mody Niang) et de la vanité de ses subterfuges. Il aura tout essayé ! Du chaos de 2011 à 2012 est née l’histoire tragique de la présidence (trop ordinaire) de Macky Sall, l’homme qui voulait réduire son opposition à sa plus simple expression en ne comptant que sur la manipulation des consciences et l’instrumentalisation de la justice.

 

   Du marchandage filmé du mouton de Tabaski à l’emprisonnement industriel d’opposants, c’est la même logique : à défaut de convaincre par une vision et une pratique politiques cohérentes et probantes, Macky a jeté son dévolu sur la fiction et l’affabulation. Fabriqué en grande partie par la presse, il croyait pouvoir gouverner les Sénégalais par la manipulation et par la peur.  Le nombre impressionnant de journalistes, de communicants et de patrons de presse (ses amis !) dans le cabinet et dans le gouvernement Macky est symptomatique d’un penchant totalitariste du personnage. Pour assouvir ses desseins oligarchiques, Macky Sall et son clan ont effacé la frontière entre « informer » et « communiquer » : il suffit de regarder la RTS et une certaine télé privée pour s’en convaincre.

 

    Informer c’est porter à la connaissance d’autrui les faits tels qu’ils sont dans leur contexte et leur exhaustivité. Communiquer c’est mettre en forme, voire mettre en scène (dramatisation, exagération, caricature, « dé-contextualisation » et surtout, dé-conceptualisation). L’avantage de la dé-conceptualisation c’est de faciliter l’imitation par la masse d’une pensée stéréotypée, dépourvue de toute logique argumentative. « L'affirmation pure et simple, dégagée de tout raisonnement et de toute preuve, est un des plus sûrs moyens de faire pénétrer une idée dans l'esprit des foules. Plus l'affirmation est concise, plus elle est dépourvue de toute apparence de preuves et de démonstration, plus elle a d'autorité » disait Gustave le Bon dans ce sens. La frénésie avec laquelle Macky Sall s’est rué vers le contrôle de l’espace public, par le contrôle direct ou indirect des médias traduit sa foi en la toute-puissance de l’opinion publique.

 

 

  Quant à la dé-contextualisation, elle permet de semer le doute et de dissiper la frontière entre la vérité et le mensonge. Car le mensonge, c’est connu, pour opérer avec succès, a toujours besoin d’une dose minimale de vérité. Ainsi, C’est plus vrai et plus sensé de parler de la « caisse noire » et de fonds politiques du Président que d’affirmer qu’il a levé le voile sur son salaire qui est de 5millions. Dire que Wade a été rejeté par 65% des électeurs sénégalais est plus vrai que répéter que Macky Sall à été élu avec 65%. Dire que Karim Wade a été condamné à 7ans de prisons pour enrichissement illicite est plus exact que dire qu’il été condamné parce qu’il a volé ou détourné des deniers publics. Bref, la communication est l'action d'établir une relation avec d'autres personnes, voire de produire une action. La communication est idéologique, elle n’est jamais ingénue, neutre, car elle vise un impact : c’est pourquoi on parle d’art ou de technique de communication.

 

  Macky Sall et ses spin-doctors croient fermement au « manufacturing consent » (la fabrique de l’opinion) dont parle Naom Chomsky : la convoitise effrénée du clergé intellectuel (hommes de média, universitaires, leaders d’opinion) et des artistes obéit à cette logique de fabrique d’opinion. L’homme politique moderne compense son déficit de leadership par la « peopleisation » ou vedettisation : il incarne la posture de star. Et comme star, il a besoin de faire le buzz, d’habiter dans les consciences, de communiquer de façon industrielle. Le politicien de métier est celui chez qui il n’y aucune espèce de différence entre politique et communication : il est persuadé que l’opinion peut être fabriquée. Il faut dire qu’il n a pas tout à fait tort de penser de la sorte, car la psychologie, la psychosociologie et la sociologie nous ont appris que l’imitation est un des principaux vecteurs de la socialisation de l’individu. Gustave le Bon explique que les idées et les sentiments sont aussi contagieux que les maladies : « C'est surtout par le mécanisme de la contagion, jamais par celui du raisonnement, que se propagent les opinions et les croyances des foules ». Le rejet des dérives de fin de règne de Wade a été très mal exploité par la classe politique : on a tout simplement attisé la haine contre lui au lieu de travailler à asseoir une alternative politique crédible et porteuse d’un sursaut citoyen capable de mener avec abnégation le combat pour le développement. On a sciemment noyé dans l’océan des sentiments anti-Wade le débat sur la crédibilité des hommes et leur programme.

 

  Le résultat pitoyable auquel on a abouti aujourd’hui c’est que notre pays est sous le règne d’une médiocrité jamais égalée dans l’histoire du Sénégal. Un endettement inutile et aveugle, des projets loufoques et des plans électoralistes : tout ce brouhaha est juste entretenu pour cacher l’incapacité de Macky Sall en prendre en charge les aspirations profondes du peuple. Pour occulter leur médiocrité historique, les tenants du régime ont sournoisement investi les partis d’opposition et les médias. Dans tous les partis ils ont leurs pions qu’ils entretiennent à coup de millions ; même les retraités de luxe du M23 reçoivent leur part des dividendes de leur engagement ou plutôt de leur désengagement citoyen. Les partis d’opposition sont infestés de taupes qui travaillent sournoisement pour le régime oligarchique de Macky Sall. Dans les médias, ils pèsent non par la qualité de leurs arguments (ils sont incapables de débattre, ils reproduisent des schémas intellectuels) mais par leur force de pression. Tous les médias en ligne, la presse écrite ou parlée et la télévision subissent des pressions : ils veulent contrôler les médias soit par la publicité, soit par l’introduction d’un ver dans le fruit. Une certaine presse en ligne est devenue un organe voire, une officine de publicité pour les activités du gouvernement.

 

   Le rêve puéril de ces apprentis politiciens était de contrôler les consciences par l’entremise des médias. Mais il y a une donne qu’ils avaient oubliée : l’opinion publique est aussi volatile que l’essence. Le mensonge, la corruption, la pression, l’organisation d’une spirale du silence (par le choix des sujets débats et d’actualité Elisabeth Noëlle-Neumann) ne suffisent pas à dompter l’opinion publique précisément parce qu’elle ne pense pas ; elle est plus émotionnelle que rationnelle. Ils ont oublié que les médias parallèles, appelés de façon générique les réseaux sociaux, étaient de puissants contre-pouvoir de la presse traditionnelle. Puisque la presse a, en partie, déserté son rôle de contre-pouvoir pour flirter avec le pouvoir, sa place a été occupée par les réseaux sociaux qui appartiennent, non à des lobbyistes sournois (qui prétendent parler au nom du peuple pour assouvir leur dessein) mais aux citoyens.

 

   Comme Cronos, Macky le dévoreur de libertés et de carrières politiques sera dévoré par son insatiable appétit du pouvoir. Un proverbe sérère a dit que l’arbuste qui deviendra l’arbre à palabre du village grandit à l’insu du bûcheron : il échappe à la hache faucheuse de ce dernier parce qu’il ne le verra pas. Alors Macky peut emprisonner qui il veut et même toute l’opposition ; il peut acheter des opposants sans dignité et quelques journalistes véreux, mais il ne pourra pas résister à l’éveil du peuple qui sera forcément brutal. Car plus le peuple est faussement attaché à des chimères et à des idoles, plus son rejet de celles-ci sera violent. Ruminant son erreur ou la crédulité qui l’a exposé à la roublardise des lobbies, le peuple voudra à la fois se libérer du joug du menteur et venger la violence de l’imposture qui l’a autant aveuglé.

 

Nous invitons, pour conclure, le lecteur à méditer cette profonde sagesse de  Hannah Arendt : « La tromperie n'entre jamais en conflit avec la raison, car les choses auraient pu se passer effectivement de la façon dont le menteur le prétend. Le mensonge est souvent plus plausible, plus tentant pour la raison que la réalité, car le menteur possède le grand avantage de savoir à l'avance ce que le public souhaite entendre ou s'attend à entendre. Sa version a été préparée à l'intention du public, en s'attachant tout particulièrement à la crédibilité, tandis que la réalité a cette habitude déconcertante de nous mettre en présence de l'inattendu, auquel nous n'étions nullement préparés » Du mensonge à la violence

 

 

 

Alassane K. KITANE

Professeur au Lycée Serigne Ahmadou Ndack Seck de Thiès

Secrétaire général du Mouvement citoyen LABEL-Sénégal

 

 

 

 

 L'auteur  alassane kitane
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Mots Clés: Macky Sall, La presse
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